C’était un peu comme si j’étais perdu là-haut, au Paradis;
Comme si j’avais pas vu la lune, occupé à regarder les étoiles;
Si seulement j’avais su lui plaire au lieu d’compter les pétales;
J’avais tout fait pour qu’elle m’aime, et pour lui plaire aussi…
Si elle avait voulu, j’aurais écrit un monde à son image;
et des chansons aussi, qui auraient traversé les Âges;
Repeindre le ciel de la couleur de ses yeux;
Comme une folie qu’on aurait pu partager à deux.
Mais c’est déjà trop tard, j’ai vendu mon âme au diable;
en lui écrivant à en perdre la raison
Et les fleurs se fanent, les Temps sont passés;
Et aujourd’hui déjà je sens mon coeur s’envoler.
Mon âme et mon coeur, mais que veux-tu de plus? N’y en a t-il pas assez?…
À l’ombre des palmiers et des contre-jour de luxe;
au bonheur des âmes en peine qui croisent mon chemin,
et du désespoir qui dalle les routes de nos destins.
Aux atrocités humaines que l’on peut voit d’ici,
Au carrefour de l’égoïsme où règnent les glacis
protecteurs, dans nos banques comme dans nos biberons,
et des dollars qui dégoulinent comme des flocons.
Moi j’veux aller voir la mer,
c’est sûr qu’un chacun est éphémère;
là où la consommation prédomine et où le bonheur passe en second,
à toutes les âmes qu’on tue sans honte pour gagner du pognon.
À toutes ces sirènes qui nous emmènent au loin,
qui nous donnent des ailes qu’elle brûlent au large,
à la lumière du soleil qui devient rouge de rage,
et qui vire au noir lorsqu’on espère comme un gamin…
Mais putain dis-moi juste ce qu’il se passe; est ce qu’on se perd dans nos jeux cruels que jamais le Temps n’efface? Est ce qu’on se tue tous les deux, comme deux soldats de plomb qui s’amuseraient? Est-ce donc juste de savoir qui craquera le premier?
Tu sais j’ai d’plus en plus de mal à m’tenir éveillé, peut être tout bêtement que c’est l’éclat de ta beauté; ou bien alors les pâles contre-jour qui tapissent le ciel nacré… J’me perds, j’me noie; au pays des Merveilles, que je croyais connaître si bien; j’sais plus, tu me troubles et me ronges, et putain je te vois partout, y compris dans mes songes; ça devient dur d’rêver de toi chaque nuit tu sais; ouais, j’l'avais déjà écrit; et maintenant c’est si réel; j’pensais pas qu’c'était possible d’être attaché comme ça. Et puis un jour tu m’as donné des ailes, que tu brûles lentement à la lumière du soleil. Et chaque jour nos coeurs se rapprochent, au rythme lent et lourd du bourreau qui rigole. Écoute mon coeur et regarde aussi mes yeux; de toutes façons ils parlent bien mieux, que ces paroles imparfaites et encore loin de la vérité, que j’me tue à écrire, pour essayer d’me soulager.
Mais putain ouvre les yeux, à quoi tu joues? Si ça continue tu sais j’vais m’noyer pour de bon; j’sauterai les yeux fermés comme quand on écoutait nos chansons; sous le beau soleil couchant dans notre p’tit endroit à nous. P’tain je t’en prie arrête pour de bon, dis-moi que tu n’as jamais voulu de moi, et que tu m’as jamais apprécié; que t’as toujours pensé que ça pourrait pas s’faire; que tu voulais juste t’amuser à m’emmener en Enfer. Arrête, c’est fini, fais moi juste un câlin, j’veux oublier tout ça, et plus penser à demain…
Ce matin, j’me suis levé; c’est pas qu’javais envie, c’est plutôt qu’j'étais obligé; d’écouter ses abrutis parler pendant toute la journée; répéter les mêmes choses à des jeunes demeurés, entamés à l’alcool, au hashish et au LSD; j’ai essayé d’manger un truc en route, j’ai cru que j’allais gerber, y’a tout qui me dégoûte; putain j’ai plus envie de rester, j’ai essayé d’m'ouvrir les veines, j’suis tombé en larmes avant que ça saigne, j’ai plus la force… J’ai même plus mal quand je me blesse, j’ressens plus rien de mes faiblesses; j’aimerais penser à autre chose que la Mort, ça me changerait d’me faire du tort, mais dis-moi comment avancer; ici, à la lisière des rêves abandonnés… Dis-moi ce qu’on nous offre à part des verres pour oublier, réussir dans la vie et être bien payé, dis-moi c’est ça la vie pour laquelle on se bat tant? Adieu, si tu savais comme j’en ai marre de ces temps grisonnants; et d’ces putain de sales rues qui sentent la dépression, ça serait pas bien différent si on était en prison.
Si juste putain tu pouvais savoir c’que je ressens quand je suis avec toi; si tu pouvais voir à quel point ça me ronge les bras; et mince, j’sais plus quoi dire, mais c’était pas ça qu’on s’était promis, c’est bien pour ça qu’ça rend les choses si compliquées aujourd’hui, je t’aime putain mais j’ferai rien, non je t’assure, je bougerai pas; puisqu’en un sens c’est la seule chose qui pourrait m’éloigner de toi…
« Y’avait les lumières qui dansaient, et puis des sirènes qui chantaient, y’avait des cris étouffés dans une belle musique, putain c’est pas vrai qu’ils me ramènent au moment fatidique. Un jour c’est vrai j’irai toucher la mer, en passant par les cieux, c’est tout ce qui me reste à faire, planer ici ou là en compagnie des dieux, y’a rien à dire, c’est comme l’histoire d’un long plongeon; qui ne finirait pas, avant d’atteindre le Pardon… »
Hey Jack, tu t’souviens de c’que j’t'avais dit hier? Plus de conneries, plus d’alcool, fondues aux couleurs de l’hiver; mais j’peux pas, c’est plus possible, aujourd’hui j’ai envie de partir. J’veux m’faire écraser, brûlez-moi, et j’veux plus entendre parler de « sourires »; j’veux qu’on m’tape dessus jusqu’au sang; tu sais, j’ressens plus rien en m’scarifiant, j’veux plus souffrir comme dans d’l'acide, j’veux qu’on remarque qu’j'suis au bord du suicide. C’est triste à dire mais tout seul j’y arrive pas, il m’faut juste quelqu’un qui pense à moi, quelqu’un qui me fait oublier ça, c’putain de cauchemar dans lequel on vit; juste quelques câlins et puis quelques baisers aussi. Les autres font semblant de pas m’voir; ils ferment les yeux comme si ils voulaient pas y croire; et putain j’étouffe dans ces rues piétonnes; bondées d’individualisme que plus personne n’étonne. Pendant ce temps y’a des mecs qu’on pas le fric pour manger; ils nous regardent les larmes aux yeux, pour nous supplier; tout ce qu’ils ont, c’est leur espérance; mais moi ça m’tue, tu sais Jack; tout le monde s’éloigne de moi, on dirait qu’ils s’en foutent, alors j’suis là assis au bar, au milieu de la foule, pour m’prouver à moi-même que j’suis pas comme eux. Non p’tain c’est pas possible comme ils sont cons, on dirait des animaux qui tournent en rond dans une prison. J’veux me noyer, m’faire écraser, j’veux faire défoncer dans une rue abandonnée, j’veux une balle dans la tête qui me traverse jusqu’en Enfer, et j’veux plus de cette vie plongée dans l’opium et dans l’éther. J’veux me faire du mal à en crever, j’veux plus jamais me faire écraser. Et tous ces cons ils resteront là; ça s’ra une belle soirée d’hiver déprimante et glacée; p’têtre bien qu’un jour qu’ça touchera leur coeur d’acier, j’en peux plus tu sais Jack, j’te souhaite bonne chance; j’serai bientôt à la plage noire, au loin de toutes ces aberrances.
C’était une symphonie qui sonnait comme un rappel
comme le chant des sirènes venu du fond de l’océan
qui me berçait vers le paradis des âmes éternelles
dans le trou noir à la lumière bleue des géants.
Le vent qui soufflait lentement transportait les flocons,
ils étaient blancs; le noir, c’était la couleur du fond;
tandis que lentement la lune bleue d’une froideur apaisante
déposait sur les mâts au loin ses promesses bienveillantes.
Assis sur la plage noire, là ou l’esprit divague
elle avait déjà sauté au loin, là-bas au gré des vagues
et sa tête sur mes épaules y’a quelques minutes
erre maintenant dans le vide, en attendant la chute.
Elle me demandait de fermer les yeux en écoutant cette musique
Elle m’avait dit « tu sais, c’est la plus belle chanson du monde
parce qu’elle permet aux gens de s’échapper
un peu comme des oiseaux blessés qui réapprennent à voler. »
Quand je ferme les yeux, je peux encore la voir
Et à la limite des eaux profondes je peux entendre sa voix
Elle me dit de la rejoindre, que le reste ne compte pas
tant qu’on est là ensemble; au diable les « au revoir »…
Elle fumait, là, devant son café;
elle était belle, à en crever;
Elle refaisait le monde à sa manière,
« Moi j’dis c’que je pense, quitte à déplaire. »
Elle me parlait de ses contes de fées
et d’ses amours alcoolisés
Quand elle marchait, elle s’tenait droit
comme pour cacher qu’elle avait froid.
Elle souriait tant qu’elle pouvait
(à croire qu’elle s’essoufflait jamais)
pleine d’énergie, autant que de manques
Comme un château, sans vraies défenses.
On aurait dit un joli soleil d’été
qui voulait pas aller s’coucher;
qui veut briller autant qu’possible,
pourvu qu’la joie reste au beau fixe…
J’te dirais juste que je t’aime fort,
et que j’men fiche des châteaux-forts
Puisqu’on est là ensemble; soudés
tel des aimants que personne ne pourrait décoller…
Y’a des journées des fois, comme ça
où j’dois juste m’échapper de là
J’me sens instable, il faut partir
Là, à l’endroit des doux sourires.
Parce que mon coeur s’emballe trop vite
Mais p’tain j’sais plus qui a la clé
Et j’tape les portes, j’demande aux gens
Mais où t’es passée depuis le temps?
Au carrefour des Temps anciens
Là où l’passé lentement revient
Où tu inspires la nature belle
Comme si il nous poussait des ailes
Et même l’ancien rocher tagué
Les vieilles canettes, les barres rouillées
Trouvaient leur place ici-bas
un coin de Paradis qu’on garde pour soi.
Y’avait le ciel rose-orangé
Qu’on aurait cru peint par un artiste
Qui s’étendait au-dessus de nos têtes
Jusqu’à toucher nos coeurs égoistes.
Et tout au fond y’a un gros « STOP »
comme pour te dire « T’es sûr de de partir? »
Alors j’me pose, j’me grille une clope
Et puis j’repars à notre époque…
Je cours et je m’enfuis dans les rues
mais j’sais pas même ce qui me vient dessus
J’ai peur, même pas j’regarde les gens
putain c’est ça que « d’être grand? »
Y’a des bourgeois qui nous dirigent,
Puis ceux qui crèvent sur les trottoirs
les yeux embués de désespoir,
j’crois bien que c’est ça le monde moderne…
Des p’tits bouffons bien habillés,
se félicitant de leur professions
tout est clinquant mais rien n’est vrai
Quand finiront ces illusions?
Alors j’menfuis d’ces putain de rues,
Comme un tolard sorti de prison
Je cours, j’m'enfuis, vers la Raison
Elle est si loin; c’est tellement con…
Je m’envole loin vers les Tropiques
là le Soleil sera moins triste
et où le chant du Pelican,
résonnera mélancolique.
Réveillez-vous, avant qu’je parte;
N’attendez pas que le monde vieillisse,
Réveillez-vous avant de crever
Ou y’aura plus qu’des demeurés…
Lancez des pierres vers l’Assemblée,
Votre bulletin de vote c’est les pavés
Qu’un jour nouveau fleurisse enfin
celui de la beauté et du Destin.
Un jour on m’a dit que j’ferai d’grandes études
que j’serai milliardaire; que j’suis trop dans ma bulle:
« Putain réveille-toi, tu vas gâcher ta vie
à rêver de soleils et de nuages gris. »
Un jour on m’a dit « T’inquiète pas, j’ai r’gardé;
y’a des jobs bien payés au Carrefour d’à côté »
Ignorants et fous, c’est à ça que vous pensez,
Un job, une maison, et une fille bien roulée?
C’est pas comme ça que je concevais ma vie
En rêve utopique, j’ai rêvé d’être heureux
de partager ça avec toi, et d’être là, juste nous deux.
on m’a dit un jour que j’savais plus écrire
que j’étais trop jaloux, et un peu prétentieux,
pourtant j’essaie si durement d’être parfait à tes yeux…